Le Tsar fou

Le Tsar fou
Une histoire de Tarek et un dessin de Lionel Chouin



Le synopsis
Depuis des mois déjà, tous les rapports de police et ceux des ministres tirent la même conclusion : l’Empire va bien !
Le Tsar se méfie de ce discours optimiste car il sait qu’un pays idéal n’existe pas. En outre, certains de ses espions lui rapportent que le pays vit dans une grande misère — provoquée par des comploteurs ! — et que la révolte gronde aux portes du palais. Sa vie pourrait être menacée s’il ne prenait pas des mesures radicales qui marquent les esprits. Les mouvements populaires se sont structurés et les paysans n’acceptent plus leur condition misérable.



A la suite d’un conseil des ministres, le Tsar demande à son ami le prince Obolensky de le rejoindre le soir, dans ses appartements privés. En effet, un conteur persan est arrivé de Boukhara pour lui lire l’épopée d’un roi arabe ancien, dont le royaume était en proie à la misère et à la révolte. Les coïncidences dans la vie sont-elles le fruit du hasard ?
Le Tsar apprend au cours de cette lecture que ce roi se déguisait tous les soirs en simple badaud et qu’il se promenait dans les quartiers, loin du centre ville, pour y ressentir l’atmosphère ambiante et surtout savoir ce que le peuple pensait de lui ou de ses ministres.
Le prince quitte son ami sans se douter que celui-ci vient de prendre une grave décision. Désormais, il s’habillera en pauvre mendiant et se promènera dans sa ville pour connaître la réalité de la vie et non celle des rapports tronqués de la police ou des missives alarmistes de ses espions. Rien ne remplace le contact avec la réalité !
Le lendemain, lors du grand conseil, en présence de tous les grands de l’Empire, le Tsar annonce qu’il a décidé d’envoyer son chef des armées du sud, en campagne militaire, pour y mater les révoltes de paysans et sécuriser la frontière. Le prince Obolensky est surpris car il ne lui en avait pas parlé la veille, lors de leur entrevue. Le conseil, après avoir entériné cette décision en votant un budget spécial, quitte la salle. Le Tsar et le prince quittent également l’endroit en passant par des passages dérobés et se retrouvent enfin dans une salle secrète, loin des oreilles indélicates.
Le Tsar remet une lettre à son ami et lui indique ce qu’il doit faire dans les semaines à venir. Il lui confirme que cette campagne est un leurre et que sa véritable mission est de regrouper les troupes cosaques non loin de la ville dans les villages proches de Saint Pétersbourg et d’attendre les ordres.



Les jours passent…
Le Tsar se déguise plusieurs fois et constate que ses conseillers, lui cachent la vérité et sont certainement à l’origine du désastre qu’il sent se profiler à l’horizon. Il prend des mesures lors des conseils qui suivent. Sans effets car les ordres ne sont pas transmis aux bonnes personnes… et le Mal est plus profond qu’il n’y paraît.
La vie du Tsar est menacée !
Un jour, il décide de se déguiser en saltimbanque et se met à imiter le Tsar — chose aisée ! — pour voir si certaines personnes le respectent. Il est interpellé dans une taverne car son imitation s’est vite transformée en pugilat. La police secrète est intervenue avant que la rue ne bascule dans la révolte. Notre ami est conduit à l’asile sans aucun ménagement.
A peine arrivé, le directeur constate que ce nouveau venu ressemble étrangement au Tsar. Il envoie une missive à son cousin, le ministre de la justice et lui dit en substance qu’il tient quelqu’un qui pourrait servir la cause, celle de la conspiration.
Le ministre se rend sur place et observe le détenu par une fenêtre dérobée. Il est stupéfait car, sous ses yeux, il croit voir dans ce pauvre vagabond le Tsar en personne. Il en informe ses amis conjurés et la décision est prise : le fou servira de leurre le temps de la prise du pouvoir !
Au même moment, le palais en ébullition : le Tsar n’est plus là ! Serait-il parti ? Est-il en fuite ? La rumeur s’est amplifiée d’autant plus que la famille impériale n’est plus dans la ville. Le Tsar avait envoyé sa famille à Ekaterinbourg en compagnie de sa garde personnelle, la veille de son arrestation, sans prévenir la moindre personne. Le peuple commence à s’agiter car il pense que leur Tsar a été assassiné par des conspirateurs.
Sachant que la situation pourrait s’aggraver, remettant en cause leur dessein, les conjurés décident d’utiliser le fou le temps d’éliminer le vrai Tsar, après l’avoir retrouvé bien évidemment.
Le ministre de la justice propose au fou la liberté contre un service — et d’ailleurs il n’a pas le choix car un refus signifierait la mort pour lui. Le fou accepte de jouer le rôle du Tsar, ce qui lui permettra de démasquer tous les comploteurs.
Les ministres vont lui apprendre les rudiments de l’étiquette impériale pour qu’il puisse passer pour le vrai Tsar. L’élève est excellent et ses maîtres sont épatés !
Ainsi, le fou apparaît en public le jour de Pâques pour faire taire les rumeurs. Le peuple l’acclame, ce qui ne plait guère aux conjurés. Lors d’un conseil, il prend des décisions favorables aux habitants de Saint Pétersbourg : le courroux des conjurés est immense mais ils ne peuvent rien dire en public car tout le monde croit avoir à affaire au vrai Tsar, ce qu’il est !
Le fou sent que sa vie est de plus en plus menacée et envoie une missive à l’aide d’un pigeon voyageur. Le prince la reçoit et se met en marche avec toute l’armée cosaque.
De peur d’être tué, le fou fait en sorte que la cour reste à ses côtés. En outre, les espions des conjurés n’ont pas eu vent de ce qui se trame réellement dans le palais et dans les environs de la ville.
Le fou propose à ses « maîtres » d’assister à un banquet en leur honneur et pour les remercier de leur loyauté. La flatterie et la bassesse sont les deux mamelles qui régissent la vie de ces misérables hommes de pouvoir.
Ils acceptent et sont honorés par ce geste. Ils pensent que leur marionnette est stupide au point de leur donner le pouvoir devant la cour, en abdiquant en faveur de l’un d’eux.
Le banquet se tient dans la plus grande salle. Une troupe de théâtre est présente afin de donner une représentation — le thème est identique à celui du conteur.



Durant la représentation, les conjurés commencent à comprendre qu’il se passe quelque chose d’anormal. Ils apprécient peu l’humour du fou et encore moins celle des acteurs. Ils demandent à la garde de tuer les acteurs et le fou !
Trop tard. Le palais est occupé par les cosaques depuis le début du banquet et tous les conjurés sont arrêtés.
Cette histoire m’a été racontée par une personne — ressemblant étrangement au Tsar — dans une taverne lugubre, non loin de la Néva.